Héroïsme populaire contre barbarie coloniale

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Héroïsme populaire contre barbarie coloniale

Message  Jazairi le Lun 28 Jan - 14:24

Il y a 50 ans la grève des huit jours.

A cette date, donc, la Guerre de libération nationale entamait, depuis des mois, sa troisième année. Le combat pour l’indépendance continuait face à l’une des plus grandes puissances mondiales, soutenue par des alliés forts, surarmés et décidés, car la deuxième moitié du 20e siècle est celle qui voit le reflux de l’impérialisme de tous les territoires colonisés durant la période précédente.
Notre peuple, guidé par une poignée d’hommes à la volonté inébranlable et issus d’une génération exceptionnelle pour son courage, son patriotisme pur et dur, son honnêteté exemplaire et son intégrité rarissime, a répondu à l’appel, spontanément, car n’ayant rien perdu de ses qualité ancestrales de bravoure ni du sens de dignité atavique qui l’ont toujours caractérisé.
Au cours de la première année de la révolution, l’esprit patriotique avait vaillamment tenu le coup face à la répression française, malgré les efforts déployés et les moyens mis en œuvre par le colonialisme aveugle afin de venir à bout de la résistance populaire. La gigantesque machine de la répression s’est mise en branle dès les premières heures qui suivirent le feu d’artifice des moudjahidine à travers tout le pays et de façon simultanée, ce qui donna le tournis à l’administration coloniale et à sa machine militaire, pourtant bien huilée.
De centaines de militants connus ou suspectés de participation dans les premières actions dans la nuit du 1er novembre étaient jetés en prison, des villages bombardés et – déjà ! – des zones décrétées interdites. Dans les Aurès, par exemple, l’aviation française avait – en plus des missions de bombardements effectués -- déversé des tracts invitant les habitants à quitter les maisons (ou plutôt leurs pauvres masures et les gourbis) ainsi que leurs maigres champs.
A la place de cet exode, on les obligea à rejoindre les coins désignés par les autorités coloniales comme camps de regroupement, inaugurant, ainsi, la politique de déplacement des populations à grande échelle sans se soucier de leur présent ni de leur avenir. Ce qui comptait était de sauvegarder la présence française, en Algérie, et les privilèges de la population européenne acquis par la force des armes depuis 1830.
Contrecoup de cette politique répressive, les volontaires affluaient sans cesse dans les rangs de l’ALN qui n’avait même pas d’armement à leur fournir, durant ces premiers mois, sauf le peu d’armes récupérées à l’issue des embuscades tendues aux patrouilles de l’armée coloniale. Mais, déjà, les responsable de la lutte armée avaient bien conscience qu’il était quasiment impossible de vaincre la France militairement, mais, sur le plan politique, l’issue du combat ne faisait pas de doute, car c’était, avant tout, une guerre de type révolutionnaire et non une guerre classique.
Déjà, on commençait à parler de «problème algérien», des combats qui trouvaient écho dans la presse internationale, y compris dans l’hexagone, alors que les dirigeants français s’évertuaient toujours à masquer la vérité, et à parler de «rébellion», de «pacification», de «complot communiste», de la «main de l’étranger» etc.
Les soldats de la révolution, d’origine paysanne en majorité, étaient traités de «hors-la-loi», de «sanguinaires», de «vils bandits», de «coupeurs de têtes», de«mercenaires à la solde de forces occultes» (!) qu’il fallait exterminer au plus vite et de façon impitoyable, l’Arabe, soit disant ne respectant que la force et les armes.
La première année du soulèvement salutaire a connu plusieurs événements cruciaux comme la répression impitoyable, la disparition de valeureux dirigeants comme Di douche Mourad, l’inscription de la question algérienne dans l’ordre de jour de la conférence afro-asiatique de Bandoung – en avril 1955 --, l’attaque générale dans le Nord-Constantinois menée par des populations inoffensives sous la conduite des dirigeants locaux du Front de libération nationale, en particulier du courageux Zighout Youssef…
L’année suivante a vu la généralisation de la guerre sur tous les plans militaire, politique, logistique et psychologique de concert avec l’activité diplomatique déployée par la délégation extérieure de la Révolution. En face, le gouvernement français avait mis tous les moyens immenses dont il disposait pour endiguer le courant libérateur qu’il avait en face de lui, y compris par de sordides complots et de machinations indignes et appelées «actions psychologiques», comme l’affaire Kobus, la bleuite, etc., en vain.
Cette étape a permis à la lutte révolutionnaire de s’organiser davantage, d’étendre son influence sur tout le territoire national et sur toutes les couches sociales ou courants politiques – les communistes, les ulémas, les modérés. Elle est parvenue à acquérir des armes achetées avec les cotisations du peuple ou offertes par les pays du monde arabe, du bloc de l’Est ou auprès de nations amies comme la République populaire de Chine, la Yougoslavie…
Un grand tournant était franchi avec la réunion historique du 20 août 1956, car le congrès de la Soummam est un jalon essentiel de l’histoire du combat libérateur Il a permis, en effet, de relancer la révolution, de l’organiser de façon méthodique, de la structurer et d’unifier sa stratégie sous une hiérarchie claire, avec la primauté de l’intérieur sur l’extérieur et du politique sur le militaire. Deux structures y naquirent ; le Conseil national de la Révolution algérienne ou CNRA, véritable Parlement qui oriente la lutte armée, ainsi que le Comité de coordination et d’exécution – CCE – dont les membres se sont installés à Alger, capitale du pays et où se déroulait une lutte implacable entre les fidayïn de la Zone autonome d’Alger –ZAA-- et les forces colonialistes aidées par les extrémistes et les ultras européens. Les événements qui ont eu pour théâtre la ville Blanche, durant plus d’une année et sans interruption, étaient appelés la «bataille d’Alger» dont la grève des huit jours, sujet de ce modeste article, en fait partie.
Situation générale au début de 1957
L’Etat français considérait le problème algérien comme une affaire purement interne, déclarant régulièrement qu’«il n y avait qu’une seule France de Dunkerque à Tamanrasset», que «l’Algérie était un département français et qu’elle le restera» envers et contre tous. Nommé ministre-résident en remplacement de Jacques Soustelle, Rabert Lacoste avait reçu comme directives prioritaires d’étouffer la lutte armée et d’imposer quelques réformettes aux pieds-noirs les plus irréductibles.
Il réussit à obtenir des renforts militaires supplémentaires colossaux, et des pouvoirs étendus – il avait un rang de ministre tout de même. A ce titre, il bénéficiait de l’expérience de chefs militaires au grand prestige et de leurs soldats aguerris lors des expéditions coloniales et qui se targuaient d’avoir acquis les méthodes de lutte modernes (entendez par là l’action psychologique pour contrer les masses populaires). Parmi ces officiers, le général Raoul Salan, surnommé le Chinois, général en chef des forces armées en Algérie et de l’Organisation de l’armée secrète (OAS) en 1961.
Un autre officier supérieur qui fera parler de lui, durant ces événements, est le général Jacques Massu, de retour de l’expédition de Suez en octobre 1956 (affaire de l’agression tripartite contre l’Egypte), à la tête de la fameuse 10e division parachutiste ou DP comprenant les soldats de l’élite surnommés les léopards à cause de leurs tenues bariolées. Cette division comprenait aussi, les colonels Marcel Bigeard, Jean-Pierre, Argoud, Godard, Trinquer …
Le FLN avait annoncé, à la fin de 1956, qu’il avait l’intention d’organiser une grève politique à l’occasion de la 11e session de l’ONU, le 28 janvier 1957 qui était un lundi. Pour casser cette grève, Robert Lacoste remit, le 7 janvier, les pouvoirs de police aux paras de Massu, à Alger. Un plan était mis en œuvre et qui consiste dans les mesures qu’on verra brièvement plus loin.
Une grève avant tout politique
Alger était sous l’autorité de Yacef Saâdi, lui-même obéissant à Larbi Ben Mhidi. Une décision collégiale avait été prise vers la fin de l’année 1956, en réaction au terrorisme aveugle des extrémistes et des ultras européens (par exemple, l’attentat de la rue de Thèbes, le 10 août de la même année), pour répondre aux exécutions sommaires des militants et des fidayïn emprisonnés.
Les autres objectifs étaient les suivants :
- impliquer davantage les villes et les centres urbains dans l’action armée,
- développer la lutte de façon globale,
- rallier les Européens et les éléments modérés à la cause du peuple algérien,
- desserrer l’emprise sur les djebels et les campagnes et attirer le maximum de forces à Alger,
- galvaniser les militants et les sympathisants envers la cause nationale,
- paralyser le pays en entier et dans tous les domaines, surtout économiques, et ralentir sensiblement toutes les activités de quelques natures qu’elles soient,
- sensibiliser l’opinion des peuples du monde sur la situation que vivent les Algériens sous le joug colonial,
- internationaliser le problème algérien par son inscription à l’ordre de jour de la 11e session de l’ONU mettant, ainsi, fin au mythe développé jusque-là que c’était une question française interne,
- médiatiser le plus largement possible la révolution algérienne et la lutte pour l’indépendance du pays sous l’égide et l’autorité du Front de libération nationale.

Les risques encourus et les précautions prises
Prendre une décision de cette dimension en de circonstances pareilles n’était pas une chose aisée au vu de la répression prévisible qui allait s’abattre, inéluctablement, sur le peuple sans exception. Les militants, également, allaient être traqués de façon impitoyable, ce qui les exposerait aux arrestations et à l’emprisonnement dans les pires conditions. Pis, beaucoup y laisseront leurs vies car la machine militaire de la puissance coloniale était incontestablement formidable et cela nul ne l’ignorait.
Les réseaux clandestins étaient susceptibles d’être remontés et démantèlés ce qui représenterait une véritable catastrophe qui hypothéquerait le combat libérateur à l’avenir. L’organisation du FLN dans la Zone autonome d’Alger risquait d’être découverte, mise au jour et hors de combat définitivement, elle qui a demandé beaucoup de temps, de patience et de tenacité pour être mise en place dans la période précédente au nez et à la barbe de l’administration française, en dépit de ses polices multiples et de ses indicateurs innombrables.
Les masses populaires, déjà éprouvées , pourraient (et c’était une certitude) connaître un sort plus pénible face au dénuement général, à la répression, aux «ratonnades», aux coups de boutoir et aux exactions des soldats et de l’appareil militaire français en général.
Face à cette situation dramatique, des mesures énergiques furent rapidement prises. Tout d’abord, la grève était publiquement annoncée bien des jours à l’avance. Cela permettait aux classes populaires de prendre leurs précautions et de procéder à des approvisionnements nécessaires pour toute une semaine.
Des aides étaient prévues aux plus démunis et aux familles très pauvres en vivres et en argent. Un réseau de soutien activait dans ce sens et des directives pour l’entraide et le soutien furent données comme de secourir les miséreux (et ils étaient nombreux) et d’accueillir les sans logis et d’héberger ses semblables.
De plus, les opérations des fidayins étaient suspendues momentanément. Il était demandé aux Algériens d’éviter les quartiers européens, de provoquer des rassemblements, les regroupements et les rafles, et de réduire la circulation et les déplacements.
Il a été clairement expliqué que la grève était purement politique, et non une grève insurrectionnelle ou classique pour des revendications salariales ou autres. Son but était de mettre la pression sur le pouvoir colonial et de démontrer au monde que le peuple algérien revendiquait l’autodétermination et sa liberté sous la conduite du Front de libération nationale, son unique représentant.
Réactions des autorités coloniales
Dès le 7 janvier, donc bien avant la date prévue de la grève, les dirigeants français s’étaient mis en branle. Les pleins pouvoirs de police furent remis aux parachutistes qui reçurent carte blanche et ils s’en donnèrent à cœur joie, car le mot d’ordre était de casser la grève par tous les moyens On activa les réseaux des mouchards, des traîtres, des «moutons» et des indicateurs.
La Casbah et les quartiers arabes étaient quadrillés et des fouilles systématiques étaient opèrées. Les perquisitions à tout moment étaient déclenchées avec la brutalité qu’on imagine et des violences inouïes étaient faites à tous, sans distinction d’âge ou de sexe. Rafles et arrestations sans interruption étaient opèrées et on envoyait les suspects dans les centres de détention où l’on torturait à tour de bras, comme à Beni Messous ou El Biar, puis on les expédiait vers Paul Cazelles (Boughzoul dans la wilaya de Médéa, actuellement).
Des barrages hermétiques furent installés avec fouilles, insultes et coups envers les passants arabes.
Les barbelés et les chevaux de frise furent mis partout, et les patrouilles militaires activaient sans arrêt de jour comme de nuit. On exigeait le laissez-passer à tout instant et gare à celui qui aurait oublié ses papiers à la maison ou égaré sa pièce d’identité !. Les hélicoptères tournoyaient au-dessus de la ville en surveillant et en signalant tout mouvement suspect. Les rues étaient mises en sens unique pour faciliter les mouvements militaires et acculer les passants à les emprunter de force.
Le jour J venu, les forces de répression passèrent à l’attaque. Des milliers d’Algériens furent pris dans les rafles, dans leurs maisons et envoyés dans les prisons et les centres de regroupement.
On ramena les ouvriers de force (il y avait des listes pour cela), et les rideaux des boutiques étaient forcés à l’aide des tracts et des camions ou des blindés. Les commerçants ont été obligés d’ouvrir leurs échoppes et on dévalisa leurs maigres étalages. Des véhicules militaires sillonnaient les rues avec des haut-parleurs ordonnant aux habitants de désobéir aux directives du FLN. Les dockers furent chargés sur les camions et sommés de décharger les navires en rade sous la surveillance des soldat français.
La répression dura plusieurs jours. Dans les prisons, la torture des corps et des esprits était érigée en système pour extorquer de force des informations ou des révélations. Les autorités militaires de l’Etat colonial couvrait toutes les exactions, tous les dépassements,faisant fi des voix qui dénonçaient cette repression aveugle. Au final, même si la grève n’a pas été un succès total, elle permit quand même au monde de découvrir la réalité de la situation en Algérie, ce qui était l’un de ses objectifs préalables. Elle ne s’arrêta pas là, car d’autres événements violents et durables auront lieu, à Alger et ailleurs, au prix de sacrifices immenses du peuple algérien meurtri qui ne recouvra sa liberté spoliée qu’après d’autres lourds tributs cinq ans et demi plus tard.
28-01-2008
Mihoubi Rachid (LA NOUVELLE République)

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Les conférences de La Maison d'Hanissa

Message  alidjraamar le Mer 8 Avr - 17:11

Monsieur, je suis particulièrement intéressé par cette période de l'histoire. Je prépare actuellement un cycle de conférences sur le thème "Réhabilitation des mémoires". Au cours de ces conférences, après la projection d'un film relatant les évènement, des invités (notamment historien et universitaire) proposerons un débat interactif. Je voudrais m'appuyer sur des documents, tant algérien que français, afin d'avoir un point de vue le plus objectif et le plus neutre. Merci de me contacter par mail à l'adresse suivante : alidjraamar@orange.fr ou au
0673469173. Je vous remercie de ce que vous ferez.

alidjraamar
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